Complexe Touristique au palmeraie de Marrakech
La Palmeraie de Marrakech est depuis des générations intimement liée à la vie sociale et économique de la ville et ceci se reflète non seulement à Marrakech, mais aussi dans plusieurs autres villes du Maroc. L’agriculture vivrière, qui se dit des cultures dont les produits sont destinés à l'alimentation, mais surtout l’exploitation du palmier dattier est depuis longtemps intégré à l’agriculture marocaine, qui réussit à survivre grâce au système paysan, mais ingénieux, des khéttaras, système d’irrigation traditionnel. Aujourd’hui, les liens étroits entre les marrakéchis et la Palmeraie, surtout au niveau agricole sont pratiquement anéantis. Pourquoi en est-il ainsi aujourd’hui, et qu’elles sont les causes de cette résultante? Est-elle irréversible? Ce sont là les questions auxquelles tenteront de répondre ce texte. Disons tout d’abord que les causes qui ont entraîné ce phénomène de détachement sont nombreuses et très complexes; le découpage territorial, l’implantation touristique, les nouveaux modes de vie, le protectorat français et les nouvelles technologies font parties de ces causes. Ce faisant, c’est tout un mode de vie, une culture, qui sont quasiment disparues, laissant à l’errance une grande partie du peuple marocain. Ce texte tentera plus précisément de cerner la relation originale des habitants et sa Palmeraie, des causes de ce détachement paysan traditionnel, de l’organisation sociale et enfin du lotissement des terres. Où est passé la description que fait Mohammed El Faïz en parlant de la Palmeraie : « poumon qui rythmait du souffle de sa respiration l’espace de la cité, lequel restait encore, malgré les agressions du béton, un espace de bahja, cette « joie de vivre » tant célébrée par les chanteurs et les poètes. […] un patrimoine végétal, l’ensemble d’une réserve écologique, est livré à l’urbanisation, tout un pan de la nature est en train de s’effondrer sous nos yeux […] »LES MARRAKÉCHIS ET LA PALMERAIE : ORGANISATION SOCIALE
Cette réserve écologique apparue de nulle part, crée par le travail humain acharné des paysans, soutenue par ce savoir-faire justement paysan qui créa ce réseau de khéttara, réseau vital à la survie de cette dernière. Ce sont donc directement ces paysans qui par leurs présences continues et leurs efforts soutenus qui ont formé « un réservoir dans lequel toute une population a puisé les symboles de son enracinement, mais aussi la mamelle nourricière de la ville et de son artisanat » comme disait encore une fois Mohammed El Faïz. Cet espace crée par les paysans, du coup approprié par ceux-ci devint, le lieu de promenade et de loisir des habitants, autant que leur source alimentaire vitale, cette joie de vivre nous est décrite jusqu’à nos jours comme étant la bahja. C’est donc au travers l’agriculture, grâce au faîtage du palmier dattier qui protège des rayons du soleil, donc de la dessiccation des sols, permettant la présence de sous culture, que le paysan s’associait à cet habitat, jadis réellement lieu d’agriculture paysanne. Les fibres du dattier servaient à faire des cordes, donc aussi de l’artisanat, les graines à nourrir les animaux, et enfin le fruit à nourrir l’homme. Le lien était donc très étroit entre l’homme, sa vie, sa culture, et le dattier, dans une société auparavant autarcique. Aujourd’hui l’accessibilité de la palmeraie est restreinte en premier lieu par la privatisation de celle-ci, mais aussi suite aux conséquences de l’urbanisation et du développement de l’agriculture commerciale. À l’opposé de la paysannerie, se retrouve dans la palmeraie le quartier Jnanat et le proche Ouidane, qui sont tout deux des quartiers bourgeois de Marrakech. Ce sont dans ces zones que l’ont retrouve les plus riches et les plus anciennes familles de Marrakech, qui ont survécu grâce à l’instauration des terres habous. Avant 1958, les Jnanat (jardins) étaient irrigués à la manière traditionnelle, c’est-à-dire à l’aide de khéttara, car le pompage y était interdit. On peut donc supposer que les propriétaires se devaient d’engager une main d’œuvre locale considérable et traditionnelle pour pouvoir gérer cette eau, chose qui aujourd’hui a bien changé par l’arrivée des pompes et surtout le droit de les utiliser. Enfin, les dignitaires de l’état ont toujours voulu eux aussi posséder quelques parties de la palmeraie, comme symbole de prestige et de leurs élévations sociales. Comme disait Pascon, « L’histoire de certaines parcelles fait-elle resurgir les souvenirs des voisins la succession des pouvoirs. »
DÉTACHEMENT PAYSAN TRADITIONNEL DE LA PALMERAIE : CAUSE DU DÉPÉRISSEMENT DE LA PALMERAIE ?
Nul doute que la cause première de la migration du paysan hors palmeraie, vers le Gueliz, les bidonvilles, ou encore la zone industrielle est directement lié au changement radical qui est survenu par l’arrivée de l’urbanisation de la palmeraie au travers le développement touristique et l’arrivée des vergers commerciaux. C’est suite au protectorat français (1912-1956) que la première phase d’urbanisation survient, non pas en palmeraie mais bel et bien dans la médina et le Gueliz. C’est suite à cette vague à saveur capitaliste que l’on voit arriver en 1973 la création d’un premier complexe hôtelier dans le quartier de Semlalia, première incursion à même la palmeraie, qui marquera un changement drastique économique. C’est par contre en 1985 que l’état marocain en mettant de l’avant de nombreux avantages fiscaux pour attirer les investissements étrangers au Maroc, donc aussi indirectement dans la palmeraie. On y voit l’apparition de nouveaux types d’architectures comme la villa et le complexe touristique, mais aussi de nouvelles activités à caractère récréatives comme les golfs, les centres d’équitations et autres. Le statut social vient donc de changer dans la palmeraie, en passant de l’agriculture et de ses cabanes traditionnelles en pierre sèche, aux complexes touristiques et ses hôtels 5 étoiles, laissant au dépourvu le petit agriculteur qui laisse ainsi place aux personnels de ces complexes. Ces espaces se veulent fermés et non accessibles aux locaux, ils sont donc axés sur l’intérieur en regardant la palmeraie, tout au contraire des petites exploitations d’autrefois. Comme on peut le lire dans L’effet structurant du tourisme sur le territoire urbain : les cas de Marrakech et d’Agadir, « l’urbanisation croissante de cet ensemble (la palmeraie) et la déforestation successive à la transformation en vergers commerciaux de secteurs de la palmeraie », peut nous faire supposer, que ces phénomènes ont indirectement chassé ces paysans, en les privant de leurs ressources économique et vitale, ainsi que de leurs repères paysager, brisés par ces nouveaux complexes touristiques. Par contre, d’autres facteurs, autres que le protectorat et l’exploitation touristique, ont aussi influencés les modes d’occupation socio-économique. Premièrement la palmeraie n’est plus la source unique de richesse de la ville. Deuxièmement la tradition d’entretien des séguias et kéttaras n’est plus coutume. Troisièmement, l’individualisation des modes de vie, au contraire du mode de vie tribal et surtout au droit de l’eau, grâce à l’arrivée des motopompes qui bouleversa les mœurs et les traditions. Troisièmement, les nouvelles cultures intensives, tel l’olivier, excluent le palmier, car en présence de ceux-ci, le palmier dépéri. De plus, les productions traditionnelles se voient aussi transformées par l’arrivée de nouveaux aliments dans le mode de nutrition des Marocains, comme la viande par exemple, qui fait de plus en plus parti du menu de tous les jours, et aussi du menu touristique.
Workshop de la CUPEUM Marrakech 2004
La Palmeraie de Marrakech – un paysage périurbain
www.unesco-paysage.umontreal.ca
Guillaume Vanderveken, Université de Montréal
La Palmeraie de Marrakech – un paysage périurbain
www.unesco-paysage.umontreal.ca
Guillaume Vanderveken, Université de Montréal
Restaurant au palmeraie de Marrakech
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